La médaillée olympique Sandrine Mainville se retire de la natation de compétition

(Communiqué de presse provenant de Natation Canada)

 

Sur le podium aux Jeux olympiques de Rio 2016, Sandrine Mainville se répétait que toutes les épreuves qu’elle avait subies depuis le début de sa carrière, tous les hauts et les bas, en avaient finalement valu la peine.

« J’ai appris à transformer le négatif en positif, ce qui m’a aidé à devenir l’athlète que je suis devenue. Comme je dis souvent, rien n’arrive pour rien dans la vie, » dit Mainville. « J’ai toujours pris les décisions en fonction de ce qui était le meilleur pour moi ».

Et c’est avec cette même certitude que, aujourd’hui encore, Sandrine prend la meilleure décision pour elle, prête et sereine à passer à la prochaine étape de sa vie : sa carrière d’avocate. La transition s’est effectuée naturellement alors qu’elle faisait ses débuts comme étudiante d’été chez Borden Ladner Gervais le mois dernier.

« Mon état d’esprit a changé depuis quelques semaines ; ma tête est ailleurs avec l’envie d’entamer ma carrière professionnelle du bon pied. Ma motivation et mon focus sont maintenant orientés vers ce nouvel objectif. Je me suis donné la dernière année pour dire au revoir à la natation progressivement. Je ne voulais rien forcer, je voulais attendre que le déclic se fasse tout seul dans ma tête. Je suis contente que la transition se soit faite aussi facilement ; je passe à autre chose sans aucun regret. »

Retour en arrière. Avril 2012, Montréal : Mainville a échoué dans sa tentative de se qualifier pour les Jeux olympiques de Londres par un dixième de seconde. Déçue, elle avait hâte de tourner la page et de recommencer un nouveau cycle olympique. Toutefois, en octobre 2012, alors qu’elle venait tout juste d’entreprendre le cycle olympique de Rio, Sandrine se blesse à une épaule, ce qui l’empêche de nager pendant trois mois. Ce genre d’adversité aurait pu décourager une autre athlète, mais c’était mal connaître la force de caractère, la détermination et la résilience de la jeune femme.

«  C’était difficile mentalement de ne pas avoir de contrôle sur mon entraînement, mais je me suis concentré sur ce que je pouvais contrôler. J’ai vu ma blessure à l’épaule comme une opportunité d’améliorer ma puissance dans les jambes. Ça m’a permis de sortir de cette mésaventure encore plus forte ; mes jambes étaient devenues ma force, » a dit Mainville.

Elle s’est finalement qualifiée sur l’équipe nationale en 2013 et 2014, mais sentait qu’elle avait encore beaucoup à apprendre. C’est donc avec un goût du changement que Mainville a mis le cap vers Toronto pour aller s’entraîner au centre de haute performance de l’Ontario.  Une décision qui aura éventuellement eu un grand impact pour la nageuse, le CHP, et sans aucun doute l’équipe canadienne.

« La décision n’a pas été facile à prendre. J’avais toujours vécu au Québec. Je n’étais pas très bonne en anglais. J’avais déjà complété une année à l’Université de Montréal. Toute ma famille et mes amis étaient à Montréal.  Pendant cinq ans, j’ai eu la chance de m’entraîner aux côtés de Victoria Poon, mon amie et mentor, et la meilleure sprinteuse au pays à l’époque. J’ai finalement réalisé que pour sortir de son ombre, je devais faire quelque chose de différent. C’était important pour moi de faire tout ce qui était en mon pouvoir pour m’améliorer et atteindre mes objectifs. Disons que j’ai été très bien servie. »

Elle alla ainsi s’installer à temps plein au CHP sous la tutelle de Ben Titley et de ses coéquipières (Penny Oleksiak, Michelle Toro (née Williams), Chantal Van Landeghem, Taylor Ruck) qui allaient l’accompagner dans sa quête de sa médaille olympique au 4×100 m libre.

« Je ne dirai jamais assez à quel point Ben Titley est un entraîneur exceptionnel. Il était exactement l’entraîneur dont j’avais besoin à ce moment-là dans ma carrière. J’avais totalement confiance en lui. Tous ses entraînements avaient un sens. Malgré le fait que ses entraînements étaient extrêmement exigeants, il avait le don de détendre l’atmosphère avec sa bonne humeur sur le bord de la piscine », explique Sandrine.

Si la Québécoise ne tarit pas d’éloges envers son ancien entraîneur, ce dernier ne se fait pas non plus prier pour vanter les mérites de son ancienne protégée.

« Sandrine est l’une des athlètes les plus dédiées et consciencieuses que j’ai eu le privilège d’entraîner. Elle veut toujours se surpasser. Elle inspire les autres à être comme elle. Elle se fixe des objectifs très élevés, et ce, dans toutes les sphères de sa vie. Ce fut un immense plaisir de travailler avec elle à Toronto. Elle a établi des standards élevés pour la natation au Canada. Beaucoup de crédit lui revient pour avoir pris le risque de quitter le Québec pour devenir une meilleure nageuse. Son courage, sa force mentale, sa détermination et sa résilience sont ses plus belles qualités comme athlète et comme personne. Un entraîneur qui a beaucoup de Sandrine Mainville dans son groupe d’athlètes est un entraîneur très heureux », de commenter Titley.

Au CHP, sous la gouverne de Titley, Mainville et ses coéquipières allaient toutes progresser, grâce à leur talent, certes, mais surtout grâce à l’esprit de corps qui allait rapidement se développer entre elles.

« C’est vraiment l’incroyable chimie et cette confiance mutuelle que nous avons développées en étant ensemble au CHP qui a fait toute la différence à Rio. Impossible de comparer le fait de participer à un relais avec des filles provenant des quatre coins du pays, que tu ne connais pas nécessairement, et des filles avec qui tu t’entraînes depuis deux ans. Nous avons toutes vécu les mêmes choses ensemble. Nous nous poussions mutuellement à chaque jour , nous voulions toujours être la première à toucher le mur. Cela a fait en sorte que nous nous sommes toutes améliorées comme nageuses. C’est difficile à expliquer clairement avec des mots… mais avoir des coéquipières qui t’attendent au bout de la piscine et qui comptent sur toi, ça te transporte dans la piscine », d’analyser Sandrine. « On a commencé à croire à la médaille dès la sélection de l’équipe en avril. Il y a une grosse différence entre s’entraîner pour nager vite et s’entraîner pour gagner une médaille aux Jeux olympiques ; c’est vraiment cet élément qui a été notre principale motivation pendant les mois qui ont précédé les Jeux. »

« Dans ma carriere, j’ai fait plus de relais que de courses individuelles. Au début, je trouvais peut-être ça un peu dommage parce que la nature du sport est individuelle. Le recul, le temps et l’expérience m’ont fait réaliser que les plus beaux moments de ma carrière ont sans contredit été les courses que j’ai faites en relais avec les filles. »

Pour Ben Titley, nul doute que Mainville a eu un rôle primordial à jouer au sein de cette équipe, un rôle qui a dépassé les limites de la piscine : « Elle a aidé à créer une culture de succès, un standard d’excellence, un esprit d’équipe, un éthos autour du groupe. Elle a aidé à inculquer au groupe ce que ça prenait pour avoir du succès en relais sur la scène internationale. Il y avait très longtemps que le Canada n’avait pas gagné de médaille dans ces épreuves dans de telles compétitions. Sandrine a été une pièce maîtresse dans les nombreux succès de l’équipe ».

Des commentaires qui trouvent également écho chez ses coéquipières de l’époque.

« S’entraîner avec Sandrine était incroyablement inspirant. Tout le monde dans son entourage voulait en donner plus et s’améliorer. La manière dont elle était capable d’atteindre un autre niveau d’intensité à l’entraînement, alors que nous étions toutes épuisées, nous a inspirées à faire de même. Je suis sans contredit une meilleure nageuse grâce à elle », déclare la quadruple médaillée des Jeux de Rio, Penny Oleksiak.

« Il n’y avait personne de mieux pour mener notre relais à Rio que Sandy. Elle est l’une des nageuses les plus constantes que je connaisse, et j’avais totalement confiance en ses capacités à livrer une performance qui nous mettrait dans la course aux médailles, » ajoute sa coéquipière Chantal Van Landeghem.

Leader tranquille de l’équipe du relais en bronze de Rio, Mainville admet déjà s’ennuyer de Toronto et de « son » groupe (coéquipiers, entraîneurs, personnel médical). Les souvenirs des entraînements difficiles, du stress précédent la qualification olympique, des fous-rire avec « ses » filles à cause de l’accent « british » de Ben et des enseignements de ce dernier resteront à jamais gravés dans sa mémoire. Mais si un mot pouvait résumer son passage à Toronto, ce serait possiblement le mot fierté.

« Je suis extrêmement fière du fait que j’ai toujours pris les choses en main quand des obstacles se sont présentés devant moi ; je n’ai jamais hésité à faire ce qui était le mieux pour ma carrière. Pour moi, le sentiment de fierté ne vient pas du fait d’être une médaillée olympique, mais plutôt du processus qui m’a menée à cette médaille. »

« Quand je repense à la fameuse entrevue que j’avais accordée à la CBC le lendemain de la médaille, au cours de laquelle mes parents avaient fait une apparition surprise en direct à la télévision, la première chose qui me vient en tête est encore une fois la fierté. J’ai toujours voulu rendre mes parents fiers. L’émotion ressentie à ce moment résume toute la fierté qui m’envahissait, toute la reconnaissance que j’avais pour eux pour toujours avoir été derrière moi. »

Pour Michelle Toro, il ne fait aucun doute que la carrière d’avocate de Sandrine sera couronnée d’autant de succès que sa carrière de nageuse : « Elle est la personne la plus passionnée et déterminée que je connaisse. Ses qualités dans la piscine, elle saura les transposer dans tout ce qu’elle fera par la suite dans la vie ». Le moins que l’on puisse dire c’est que personne ne peut contredire ce verdict.